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Hommage à Jean-Pierre Kahane
Article mis en ligne le 29 juin 2018

par Kristel Gabarra Lazorthe

L’APMEP a reçu une invitation pour se rendre à l’hommage de Jean-Pierre Kahane organisé par le Parti Communiste Français le 6 et le 7 Avril 2018.

J’avais déjà entendu parler vaguement de Jean-Pierre Kahane mais je ne connaissais pas vraiment le personnage. Après avoir vu le programme du week-end, les tables rondes du samedi matin, se tournant principalement vers la défense de la démarche scientifique et puis sur l’enseignement des mathématiques, m’ont beaucoup plu.

Dans la première partie de la matinée, Yves Bréchet , Édouard Brézin, Karine Chemla et Évariste Sanchez-Palencia sont intervenus pour parler des projets que Jean-Pierre défendait comme un projet de liens entre les scientifiques internationaux mais aussi un travail lié au doute dans la démarche scientifique.

Édouard Brézin a fait un exposé sur les « fake news » et leur rapide propagation. Avant cela, Yves Bréchet a parlé du doute qui peut être bénéfique pour mener une bonne démarche scientifique mais qui est de plus en plus utilisé pour mettre en doute des vérités scientifiques déjà démontrées. Ce côté-là est dérangeant, voire dangereux, pour le futur des résultats scientifiques. Le doute est même devenu un business à travers la diffusion massive de fausses nouvelles.

Karine Chemla a exposé les combats, initiés avec Jean-Pierre, qu’elle devait mener au niveau des commissions internationales de scientifiques et, plus particulièrement la gestion financière de ces commissions. Je me suis rendu compte, que les scientifiques ne sont pas aussi indépendants que ce que je pensais. Le niveau des vérités scientifiques dépend souvent de l’argent injecté dans le travail de recherche.

La seconde partie de la matinée était consacrée à la transmission des savoirs et à l’enseignement des mathématiques. On a alors pu écouter Olivier Gebuhrer, Jean-Michel Bony, Michel Henry et Cédric Villani.

Olivier Gebhurer a pu retranscrire les pensées de Jean-Pierre et, notamment, celle défendant le fait que l’enseignement est un partage de savoir qui doit être fait à travers la manipulation d’objets concrets.

Jean-Michel Bony a souhaité faire le lien entre les pensées de Jean-Pierre et la récente parution du rapport de Villani-Torossian. Il voulait faire cela en présence de Cédric Villani mais celui-ci n’était pas encore arrivé. Il a cependant parlé de la place des mathématiques dans l’enseignement et notamment le fait que les mathématiques peuvent être enseignées comme discipline à part entière ou bien comme discipline de service pour d’autres. Les deux points de vue se côtoient parmi les professeurs mais, selon moi, les deux doivent être présents dans notre approche des apprentissages mathématiques auprès de nos élèves.

Michel Henry a, lui, souligné l’investissement de Jean-Pierre dans les groupes de l’IREM ainsi que ses combats lorsqu’il était président de l’ICMI. Jean-Pierre Kahane avait été aussi missionné, en 1999, par le ministère de l’Éducation Nationale pour diriger la commission qui porte son nom et dont un rapport a été rédigé suite au travail fait. Cette commission devait mener une réflexion sur l’enseignement des mathématiques de 1999 à 2003.

Dans le public, beaucoup de scientifiques et en particulier des mathématiciens contemporains de Jean-Pierre étaient présents pour écouter tous ces témoignages. Parmi eux, Michèle Artigue était présente. Elle a pris la parole pour préciser que Jean-Pierre défendait la formation des enseignants en militant pour la réhabilitation des IPES.

Pour finir cette matinée, Cédric Villani était présent et a pu promouvoir le rapport de l’enquête qu’il a mené avec Charles Torossian sur l’enseignement des mathématiques dans le primaire et le collège. Il a indiqué qu’ils s’étaient appuyés sur le rapport de la commission Kahane entre autre. Il a aussi expliqué que l’enseignement des mathématiques peut aussi se faire à travers des clubs, des concours, des ateliers…

Dans le public, René Cori était présent et l’a questionné au sujet de la réforme du lycée allant à l’encontre de son rapport. Il l’a aussi interrogé sur la formation des enseignants et sur les pistes qui étaient proposées afin d’améliorer l’attrait du métier auprès des étudiants. Une des pistes proposées par Cédric Villani à l’assistance est d’augmenter le salaire des professeurs de mathématiques mais pas des autres. Cette piste est bien évidemment rejetée par les interlocuteurs du public. En ce qui concerne la réforme du lycée, Cédric Villani a garanti qu’un équilibre serait trouvé entre les sciences du tronc commun et celle des spécialités dans le prochain découpage des disciplines au lycée. Cette réaction faisant suite à l’énervement des diverses associations scientifiques.

Pendant ces quatre heures, j’ai pu écouter des personnes ayant tous côtoyé Jean-Pierre dans des domaines très différents. J’ai pu découvrir un grand monsieur qui s’intéressait à beaucoup de disciplines scientifiques en se lançant dans divers projets pour défendre des idées qui lui tenaient à cœur. J’étais venu particulièrement pour la deuxième table ronde et j’ai été agréablement surprise par la première qui m’a captivé.

 

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Les Chantiers de Pédagogie Mathématique n°177 juin 2018
La Régionale Île-de-France APMEP, 26 rue Duméril, 75013 PARIS